Eric Dizquierda

Notes d'un compagnon de route de la gauche

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Les jeux sont faits ! Rien ne va plus !

L’UMP l’a voulu. Le PS a fini par en vouloir. Sur 568 députés présents lors du vote, seuls 70 ont eu le courage de s’y opposer. Finalement, le 9 octobre 2012, la règle d’or était adoptée, dans le secret.

Si l’on pouvait éclipser des médias le vote de la règle d’or, il est beaucoup plus difficile de cacher le projet de budget 2013. Ce projet va avoir un impact direct sur la vie des Français à travers le montant de leurs impôts et la quantité des services publics qui vont être financés par l’impôt. Cette fois, les médias vont nous parler de rigueur, d’effort inédit, de cure d’austérité… Les mots ne manqueront pas pour décrire cette situation difficile : les impôts augmentent, les services publics sont amputés. Le budget va être débattu, discuté, amendé mais on ne pourra rien y faire. Maintenant que la règle d’or a été acceptée, il va falloir en tenir compte. D’où l’austérité de ce budget 2013 qui va devenir une austérité ordinaire pour les budgets des années à venir.

Cette situation ne va satisfaire personne car nul ne veut payer plus d’impôts et bénéficier en retour de services publics moindres. Le budget 2013 va générer du mécontentement. Dans cinq ans, budget d’austérité après budget d’austérité, à cause de la règle d’or, les gens ne sauront plus à quel saint se vouer. S’il est habile, le futur dirigeant de l’UMP sera capable de transformer ce mécontentement en vote. De ce vote, il tirera toujours plus d’austérité car si les socialistes ont fini par se rallier à la règle d’or, l’UMP l’a toujours défendue. Croire que Jean-François Copé, François Fillon ou Nicolas Sarkozy, (re)devenu Président de la République, mettrait fin à l’austérité, c’est croire aveuglement aux propos de l’UMP.

Plus vraisemblablement, ce mécontentement devrait se traduire par un vote en faveur du vrai socialisme ou du nationalisme colérique. Le premier nous expliquera comment nous en sommes arrivés là. Il décrira les mécanismes de la crise et de l’austérité, parlera de création monétaire avant de nous expliquer les solutions. L’autre fera sensiblement la même chose en y ajoutant son crédo du bouc émissaire basané qui vient profiter des largesses du système français pour envahir notre pays et nous convertir à des religions prenant un tournant extrémiste. Il y aura aussi son explication européenne de la crise : l’euro et l’Europe sont en eux-mêmes responsables de notre situation ; il faut alors supprimer l’un et l’autre.

Seulement, la règle d’or n’est pas le fait de populations immigrées. Si certaines croyances prennent un tournant extrémiste chez certaines populations, c’est parce que la religion est toujours l’opium du peuple. L’opium atténue la douleur. L’extrémisme religieux laisse espérer une vie meilleure dans l’au-delà. Autant de choses pour rendre acceptable les inégalités… La règle d’or est le fait de la tournure actuelle de l’Union européenne. En eux-mêmes, ni l’euro ni l’Union européenne ne sont responsables de la situation actuelle. La politique qu’on applique à l’Europe et à l’euro est responsable de l’austérité. Il est possible de réorienter cette politique. Alors, les inégalités réduiront, les extrémistes religieux et la colère nationaliste n’auront plus de terreau où prospérer. Austérité, extrémisme religieux et colère nationaliste se renforcent mutuellement. Combattre les inégalités par une réorientation des politiques de l’euro et de l’Europe, c’est mettre un terme à l’extrémisme religieux et à la colère nationaliste qui se nourrissent du développement de cet extrémisme.

Réorienter l’euro et l’Europe, c’est faire confiance au vrai socialisme, à la vraie gauche. Ce n’est pas croire à la gauche édulcorée du Parti socialiste qui finit par retourner sa veste. Ce n’est pas croire aux mensonges de l’UMP ou du Front national : ils tirent profit de la situation actuelle. Seule la vraie gauche veut changer le système par la politique et non par la peur. La vraie gauche est démocratique. Le reste est composé de faux opposants au système et de révolutionnaires qui remettent toujours à demain un changement qui n’arrivera jamais. Le vrai changement n’est possible qu’avec les vrais socialistes démocrates.

Pour l’heure, les jeux sont faits. La règle d’or est votée. Rien ne va plus. Jusqu’aux prochaines élections. D’ici là, il faut instruire les électeurs, expliquer les mécanismes de la crise et clamer que des alternatives existent vraiment. Le vrai changement est possible mais il ne se fera pas par la peur. Il ne se fera pas tout seul. Il se fera par la vigilance et l’action.

La tyrannie des marchés

Le Traité européen vient d’être adopté par l’Assemblée nationale. Le camp de l’austérité et de la tyrannie des marchés a gagné face au camp de la démocratie et du droit des peuples à l’autodétermination, y compris en matière budgétaire.

Nos dirigeants politiques ne sont pas responsables de cette situation. Ils sont les victimes consentantes de la tyrannie des marchés et du discours de ces marchés qu’ils ont adopté.

Adopter ce discours, c’est trouver normal que les marchés échappent à tout contrôle public, à toute taxation malgré les risques démesurés qu’ils prennent et les catastrophes qu’ils produisent pour notre société.

A poursuivre un objectif qui n’est plus celui de produire des richesses mais d’en accumuler le plus possible, les marchés ont sacrifié l’emploi, la recherche, l’innovation… sur l’autel du profit illimité.

Comment cela est-il arrivé ?

Après avoir remplacé l’économie par la chrématistique, les marchés ont trouvé des dirigeants politiques assez corrompus idéologiquement pour qu’ils scient la branche sur laquelle ils sont assis : l’État se retrouve alors amputé de son pouvoir et le peu d’autorité qu’il lui reste doit être employée pour mettre en œuvre les directives d’organisations non élues. Il lui devient normal d’être noté par des puissances financières et de devoir travailler à leur convenance. On se moque de la popularité du gouvernement, il faut « rassurer les marchés » plutôt que les peuples.

Nous ne sommes plus en démocratie. Le gouvernement est toujours celui du peuple, par le peuple, mais il n’agit plus dans les intérêts du peuple ! Le pouvoir agit pour les marchés ; il fait voter des traités qui ne portent qu’une promesse : celle de toujours plus d’austérité pour satisfaire la cupidité de quelques investisseurs. Pourtant, il suffit de regarder les pays dans lesquels ces recettes ont été mises en œuvre pour se rendre compte que cela va aggraver la situation. La droite l’avait dit pendant la dernière campagne présidentielle : à voter à gauche, nous aurions l’Espagne ou la Grèce. Elle veut avoir raison et va voter pour avoir raison : nous nous dirigeons à grande vitesse vers une austérité toujours plus importante. Les services publics seront sacrifiés, ils ne restera rien de la protection sociale, il y aura toujours plus de travailleurs sans travail et l’État aura toujours moins de moyens d’action pour remédier à la crise.

La meilleure forteresse des tyrans, c’est l’inertie des peuples

 Même si les tyrans ont changé, Machiavel n’a rien perdu de son actualité. La question demeure : resterons-nous sans rien faire ? Accepterons-nous le monde tel qu’il est ou défendrons-nous une autre conception de la société dans laquelle le pouvoir serait exercé dans l’intérêt du peuple ?

En juin 1940, alors que tout semblait perdu, des hommes et des femmes libres se sont élevés contre un ordre du monde qu’ils jugeaient illégitime et néfaste. Ils n’étaient pas nombreux mais ils ont réussi à faire triompher leurs idéaux. Aujourd’hui, il faut reprendre leur combat, affirmer l’illégitimité du pouvoir des marchés, effacer les dettes qui pèsent sur nous comme l’ont fait certains et ainsi retrouver le pouvoir.

Ensuite, il faudra reprendre le contrôle sur les marchés et reconstruire ce que les marchés nous avaient obligé à déconstruire. C’est seulement à ce moment-là que nous vivrons en démocratie en étant libres et indépendants.

La juste répartition du travail

Dans un article du Monde.fr des salariés viennent pleurer la fin des heures supplémentaires défiscalisées.

Certes, ces gens ont perdu de l’argent. Certes, leur pouvoir d’achat va diminuer. Certes, ce n’est pas la meilleure idée du Parti Socialiste pour s’attirer la sympathie des plus modestes.

Cependant, quand on pense à ceux qui sont recherchent un emploi, qui touchent le minimum vital, qui s’enferment dans la spirale du chômage, on ne peut que saluer la fin des heures supplémentaires défiscalisées.

Avant, l’État ne taxait pas les heures supplémentaires et perdait de l’argent. Ensuite, l’État indemnisait les chômeurs et perdait de l’argent. Nous étions dans une drôle de situation : l’État finançait des travailleurs travaillant plus d’heures que la durée hebdomadaire légale et il payait des travailleurs ne travaillant aucune heure !

Si le chômage est toujours là, l’État ne finance plus que le salaire des travailleurs sans travail. On peut souhaiter que ces travailleurs retrouvent un emploi grâce à la fin des heures supplémentaires défiscalisées mais cela ne suffira pas.

Il faut que la gauche aille plus loin : elle doit interdire les heures supplémentaires et diminuer la durée légale du travail. L’employeur n’aura alors d’autre choix que de recourir à l’embauche.

Nous sommes en période de crise et nous nous leurrons : la situation ne reviendra pas à la normale. On ne reviendra pas au plein emploi sans révolutionner notre façon de partager le travail. Notre modèle de production est ainsi : on aura de moins en moins besoin de travailleurs pour produire. Une fois cette donnée acceptée, il faut avoir le courage de dire qu’il faut répartir le travail équitablement entre ceux qui en ont besoin. On ne peut plus vivre sur un modèle égoïste qui veut que ceux qui ont un travail privent les autres d’en avoir un. La répartition du travail passe par la réduction progressive de la durée légale du travail et par l’interdiction des heures supplémentaires. Celles-ci ne seraient accordées que sur dérogation, dans certains cas exceptionnels. Le reste du temps, les employeurs devraient embaucher.

Dans le même temps, le pouvoir d’achat augmenterait car il n’est pas question que les salaires baissent. C’est là qu’intervient l’État : au lieu de financer le chômage, il compléterait les salaires. Les entreprises paieraient les salaires pour le temps passé au travail, l’État compléterait pour qu’au final le travailleur ne voie pas la différence sur sa fiche de paye. Travailler moins et gagner autant. Cela redonnerait du travail à ceux qui n’en ont pas et à tous du pouvoir d’achat. L’État y perdra sans doute un peu mais au bout du compte, il gagnera énormément en stabilité économique car la confiance reviendrait. Simplement, au lieu de payer beaucoup de chômeurs, l’État payerait un peu pour le chômage et un peu pour compléter les salaires.

Après la manifestation !

Meeting du Front de Gauche au Prado, par Grégoire Lannoy (CC BY-NC)Un long cortège défile dans les rues de Paris. Des gens de toute la France sont venus s’opposer à la ratification du Pacte budgétaire européen instaurant l’austérité à vie. Pour une fois, les partis de la « gauche de la gauche » sont unis. On manifeste aussi bien sous les drapeaux du NPA que sous ceux du Front de Gauche, de la CGT ou de Sud. Ailleurs en Europe, il en est de même.

Les Français qui s’étaient opposé à la ratification du Traité constitutionnel européen en 2005 sont toujours contre cette vision de l’Europe qui nous plonge chaque jour un peu plus dans l’acide du libéralisme. Peu à peu, cet acide vient ronger l’Etat. Les services publics sont remis en cause. On réforme, on restructure : peu importe le terme, à chaque fois, on coupe, on taille dans le bien public, on le livre aux marchés : le mot « République » vient du latin Res publica ce qui signifie la chose publique. Quand on privative, quand l’on vend un service public, c’est la République que l’on vend. Progressivement, on place ce qui relevait jusqu’alors des pouvoirs démocratiques de l’État entre les mains de sociétés privées. A chaque fois qu’un service public est vendu aux marchés, c’est une petite partie du pouvoir du peuple qui disparait.

Le tout au nom de l’Europe. Une Europe vendue aux marchés et aux lobbies financiers. Une Europe dont on nous promet toujours qu’elle deviendra « sociale » ; une promesse arlésienne : on l’entend souvent, on ne la voit jamais. La triste réalité, c’est que l’Europe nous dépossède de notre pouvoir. Quant au peu de pouvoir qu’elle nous laisse, les peuples ne l’utilisent pas. Les taux de participations aux élections européennes sont effroyablement bas ! A vrai dire, le Parti Socialiste Européen et le Parti Populaire Européen votent main dans la main la plupart des textes soumis au Parlement. Reste les nationalistes, qui rêvent de mettre fin à la construction européenne, et la gauche anti-libérale, celle qui, tout en votant contre l’Europe libérale de l’austérité, vote pour l’Europe ! L’Europe fait peut-être fausse route mais la gauche anti-libérale ne l’abandonne pas ; elle plaide pour sa réorientation ! Elle croit en l’Europe démocratique, sociale et écologique.

La lutte entre l’Europe libérale et l’Europe sociale n’est pas terminée. Elle commence à peine. Il est souhaitable qu’à la suite des manifestations d’aujourd’hui cette gauche unie contre l’orientation libérale de l’Europe ne se désunisse pas. Il est souhaitable qu’en 2014, cette gauche unie ne présente qu’une liste aux europénnes. Cela ne ferait que décupler la force d’opposition à l’Europe libérale et la force de proposition d’une Europe sociale. D’ici là, il ne faut rien lâcher, il faut poursuivre la mobilisation ! Les partis de gauche opposés au libéralisme sont soutenus par le peuple et peuvent obtenir la non-ratification du Pacte budgétaire !

L’austérité : et après ?

Reniant l’une de ses promesses de campagne, François Hollande s’apprête à faire adopter le traité européen négocié par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel qui consacre la Règle d’Or comme le principe incontournable des politiques budgétaires des Etats membres de l’Union européenne. Alors que ce traité aurait un impact majeur sur la politique gouvernementale en consacrant l’austérité comme le principe de toute politique budgétaire, son adoption ne nécessiterait pas de référendum mais un simple vote du Parlement. Du moins, est-ce l’avis des membres du Conseil constitutionnel, lesquels n’allaient pas demander l’organisation d’un référendum à l’issue incertaine alors qu’ils souhaitent vivement l’application de ce traité.

Sauf retournement politique, le Traité européen devrait donc entrer en application. L’austérité deviendrait alors notre pain quotidien. Il n’y a pas d’autre mot pour qualifier les efforts immenses que sa mise en œuvre implique. La seule façon de respecter les engagements de ce traité est d’augmenter les impôts tout en sacrifiant les services publics et la sécurité sociale. En admettant que cela puisse se faire, qu’au bout du labeur, des larmes et de la sueur, on parvienne à réduire le niveau de notre endettement, à retrouver notre triple A et la sacro-sainte confiance des marchés, en serons-nous plus avancés pour autant ? Un pays qui inspire la confiance des marchés est-il plus viable qu’un pays dans lequel le chômage serait réduit, où tout risque d’explosion sociale serait écarté et qui aurait un projet pour l’avenir ?

Outre les considérations politico-économiques que l’on peut opposer à ce traité, le manque d’objectifs à long terme est son principal défaut. Ni la France, ni l’Europe ne peuvent construire une société sur le seul principe de réduction de la dette. La vraie question qu’il faudrait poser aux partisans du traité est celle-ci : à quoi nous sert-il de réduire nos déficits ? Même avec un déficit nul, nous serions toujours sous la domination des puissances financières qui nous empêchent de déterminer librement et démocratiquement notre politique. Noam Chomsky explique que les gouvernements font face à deux parlements. Le premier est le parlement que nous connaissons, qui est élu démocratiquement et qui peut connaitre l’alternance. Le second est un parlement virtuel, constitué d’investisseurs, qui, en décidant d’accorder ou de ne pas accorder de financement aux États, détiennent le pouvoir sur les politiques gouvernementales. Il est immatériel, illégitime et ne connaitra jamais l’alternance. Si nos déficits disparaissaient du fait de l’application du Traité européen, le pouvoir de ce parlement virtuel ne disparaitrait pas pour autant. Les investisseurs continueraient à exercer leur pouvoir sur les gouvernements. Ainsi, les projets audacieux mais bénéfiques sur le long terme à notre société -ceux qui ne peuvent être financés par le privé par manque de rendement à court et moyen terme- se trouveraient coincés entre deux étaux : l’application de la Règle d’Or en matière budgétaire et la réticence des investisseurs. Avec autant de contraintes, ces projets ne verraient jamais le jour. Au grand dam de nos sociétés qui auraient bien besoin d’un cap à atteindre, d’un idéal à construire, non seulement pour sortir durablement de la crise, mais pour en traiter les conséquences, en prévenir la réapparition et plus encore, pour trouver son modèle.

A l’inverse, un traité qui disposerait de la remise en cause de l’article 123 du Traité de Lisbonne (et des articles semblables dans les législations nationales et les traités européens antérieurs) permettrait aux États de retrouver leur souveraineté monétaire. Ce traité mettrait fin à l’une des aberrations à l’origine de la crise : le financement des États par les banques à des taux très élevés alors que ces banques sont financés à taux très faibles par la Banque Centrale Européenne. En permettant aux États de se financer directement à des taux très faibles auprès de la BCE (ou de leur Banque centrale pour les pays en-dehors de la zone euro), le parlement virtuel dont parle Noam Chomsky se verrait amputé de son pouvoir de nuisance. Les États reprendraient alors le contrôle ; ils pourraient trouver un objectif, mener des projets audacieux, les financer facilement et libérés de toutes les contraintes du marchés. Si l’hypothétique traité décrit ici ne fournit pas plus d’objectifs à long terme que le Traité européen sur la Règle d’Or, il ouvre néanmoins beaucoup plus de possibilités pour les peuples et leurs gouvernements. Si gouverner c’est prévoir, alors il faut savoir à quoi nous contraindrait la Règle d’Or à long terme ; et puisque gouverner c’est aussi agir, il faut rejeter les mauvais traités et en proposer de bons.

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