Eric Dizquierda

Notes d'un compagnon de route de la gauche

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La juste répartition du travail

Dans un article du Monde.fr des salariés viennent pleurer la fin des heures supplémentaires défiscalisées.

Certes, ces gens ont perdu de l’argent. Certes, leur pouvoir d’achat va diminuer. Certes, ce n’est pas la meilleure idée du Parti Socialiste pour s’attirer la sympathie des plus modestes.

Cependant, quand on pense à ceux qui sont recherchent un emploi, qui touchent le minimum vital, qui s’enferment dans la spirale du chômage, on ne peut que saluer la fin des heures supplémentaires défiscalisées.

Avant, l’État ne taxait pas les heures supplémentaires et perdait de l’argent. Ensuite, l’État indemnisait les chômeurs et perdait de l’argent. Nous étions dans une drôle de situation : l’État finançait des travailleurs travaillant plus d’heures que la durée hebdomadaire légale et il payait des travailleurs ne travaillant aucune heure !

Si le chômage est toujours là, l’État ne finance plus que le salaire des travailleurs sans travail. On peut souhaiter que ces travailleurs retrouvent un emploi grâce à la fin des heures supplémentaires défiscalisées mais cela ne suffira pas.

Il faut que la gauche aille plus loin : elle doit interdire les heures supplémentaires et diminuer la durée légale du travail. L’employeur n’aura alors d’autre choix que de recourir à l’embauche.

Nous sommes en période de crise et nous nous leurrons : la situation ne reviendra pas à la normale. On ne reviendra pas au plein emploi sans révolutionner notre façon de partager le travail. Notre modèle de production est ainsi : on aura de moins en moins besoin de travailleurs pour produire. Une fois cette donnée acceptée, il faut avoir le courage de dire qu’il faut répartir le travail équitablement entre ceux qui en ont besoin. On ne peut plus vivre sur un modèle égoïste qui veut que ceux qui ont un travail privent les autres d’en avoir un. La répartition du travail passe par la réduction progressive de la durée légale du travail et par l’interdiction des heures supplémentaires. Celles-ci ne seraient accordées que sur dérogation, dans certains cas exceptionnels. Le reste du temps, les employeurs devraient embaucher.

Dans le même temps, le pouvoir d’achat augmenterait car il n’est pas question que les salaires baissent. C’est là qu’intervient l’État : au lieu de financer le chômage, il compléterait les salaires. Les entreprises paieraient les salaires pour le temps passé au travail, l’État compléterait pour qu’au final le travailleur ne voie pas la différence sur sa fiche de paye. Travailler moins et gagner autant. Cela redonnerait du travail à ceux qui n’en ont pas et à tous du pouvoir d’achat. L’État y perdra sans doute un peu mais au bout du compte, il gagnera énormément en stabilité économique car la confiance reviendrait. Simplement, au lieu de payer beaucoup de chômeurs, l’État payerait un peu pour le chômage et un peu pour compléter les salaires.

Après la manifestation !

Meeting du Front de Gauche au Prado, par Grégoire Lannoy (CC BY-NC)Un long cortège défile dans les rues de Paris. Des gens de toute la France sont venus s’opposer à la ratification du Pacte budgétaire européen instaurant l’austérité à vie. Pour une fois, les partis de la « gauche de la gauche » sont unis. On manifeste aussi bien sous les drapeaux du NPA que sous ceux du Front de Gauche, de la CGT ou de Sud. Ailleurs en Europe, il en est de même.

Les Français qui s’étaient opposé à la ratification du Traité constitutionnel européen en 2005 sont toujours contre cette vision de l’Europe qui nous plonge chaque jour un peu plus dans l’acide du libéralisme. Peu à peu, cet acide vient ronger l’Etat. Les services publics sont remis en cause. On réforme, on restructure : peu importe le terme, à chaque fois, on coupe, on taille dans le bien public, on le livre aux marchés : le mot « République » vient du latin Res publica ce qui signifie la chose publique. Quand on privative, quand l’on vend un service public, c’est la République que l’on vend. Progressivement, on place ce qui relevait jusqu’alors des pouvoirs démocratiques de l’État entre les mains de sociétés privées. A chaque fois qu’un service public est vendu aux marchés, c’est une petite partie du pouvoir du peuple qui disparait.

Le tout au nom de l’Europe. Une Europe vendue aux marchés et aux lobbies financiers. Une Europe dont on nous promet toujours qu’elle deviendra « sociale » ; une promesse arlésienne : on l’entend souvent, on ne la voit jamais. La triste réalité, c’est que l’Europe nous dépossède de notre pouvoir. Quant au peu de pouvoir qu’elle nous laisse, les peuples ne l’utilisent pas. Les taux de participations aux élections européennes sont effroyablement bas ! A vrai dire, le Parti Socialiste Européen et le Parti Populaire Européen votent main dans la main la plupart des textes soumis au Parlement. Reste les nationalistes, qui rêvent de mettre fin à la construction européenne, et la gauche anti-libérale, celle qui, tout en votant contre l’Europe libérale de l’austérité, vote pour l’Europe ! L’Europe fait peut-être fausse route mais la gauche anti-libérale ne l’abandonne pas ; elle plaide pour sa réorientation ! Elle croit en l’Europe démocratique, sociale et écologique.

La lutte entre l’Europe libérale et l’Europe sociale n’est pas terminée. Elle commence à peine. Il est souhaitable qu’à la suite des manifestations d’aujourd’hui cette gauche unie contre l’orientation libérale de l’Europe ne se désunisse pas. Il est souhaitable qu’en 2014, cette gauche unie ne présente qu’une liste aux europénnes. Cela ne ferait que décupler la force d’opposition à l’Europe libérale et la force de proposition d’une Europe sociale. D’ici là, il ne faut rien lâcher, il faut poursuivre la mobilisation ! Les partis de gauche opposés au libéralisme sont soutenus par le peuple et peuvent obtenir la non-ratification du Pacte budgétaire !

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