Eric Dizquierda

Notes d'un compagnon de route de la gauche

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Hommage à Éric Hobsbawm

 L’historien britannique Éric Hobsbawm nous a quitté le 1er octobre 2012 à l’âge de 95 ans. Cet intellectuel cosmopolite et marxiste était l’un des grands penseurs de gauche du XXe siècle. Son ouvrage « L’Âge des Extrêmes » est très intéressant tant pour les idées qui y sont développées que pour le style de l’auteur.

En France, la publication de son livre, dont on peut consulter de larges extraits sur le site de l’éditeur, est le fruit d’un long parcours raconté en préface à l’édition française. Avant d’être traduit de l’anglais et d’être disponible en France, son livre s’était très bien vendu dans l’ensemble des pays du monde dans lesquels il avait été publié, y compris dans d’anciens pays communistes, plutôt hostile de prime abord aux thèses de l’auteur. Malgré les très bonnes ventes de ce livre dans de nombreux pays, les éditeurs français étaient réticents à publier cet ouvrage majeur de l’Histoire du Court Vingtième Siècle (de 1914 à 1991). Il est vrai qu’à l’époque, la tendance était plus à la « fin de l’Histoire » et au « choc des civilisations » et que la vision historique d’Éric Hobsbawm n’était pas vraiment en phase avec de telles idées. Son ouvrage fut l’objet de refus de la part des éditeurs français et il fallut finalement l’initiative du Monde diplomatique pour voir traduite de la langue de Shakespeare à la langue de Molière les thèses historiques d’Éric Hobsbawm.

Autant de difficultés à publier un tel ouvrage sur l’Histoire du XXe siècle reflète bien l’état de la pensée en France. Hors des dogmes libéraux-conservateurs, point de salut ! Ceux qui dérogent à cette règle sont ostracisés ! Le monde intellectuel français n’aime pas les idées contradictoires. Qu’un intellectuel ose encore s’affirmer comme marxiste est une injure pour ce petit monde constitué en partie d’anciens gauchistes trotskistes maoïstes convertis aujourd’hui au libéralisme et ayant abandonnés leurs idéaux de jeunesse. Qu’un historien soit resté fidèle à ses idées, fussent-elles à contre-courant, cela est contraire à la tradition des girouettes que sont nos intellectuels français.

Aujourd’hui, ceux qui sont restés fidèles à leurs valeurs sont en deuil, ils viennent de perdre l’un des leurs. Les tenants de la pensée unique libérale gagnent un peu plus de terrain : rares sont ceux qui s’étiquettent encore à gauche, plus rares encore sont les vrais marxistes.

Aujourd’hui, c’est un grand historien et un grand intellectuel que nous perdons.

Puisse ses idées éclairer l’avenir. Puisse son combat contre la pensée unique nous inspirer.

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